Patrimoine industriel du Berry
du 7 au 9 septembre 2010
Texte de Marie-Thérèse Blanchon
Mardi 7 septembre
8h30, parking Bastia à Chaponost. Il pleut. Il pleuvra une partie de la journée. En route pour Apremont-sur-Allier, point de départ de nos visites. Nous y arrivons en ordre dispersé, et nous y retrouvons Mme Annie Laurant et son mari Raymond, nos guides pendant ces trois jours. La pluie et notre retard nous empêchent d'apprécier le charme d'Apremont, un des plus beaux villages de France, dont A. Laurant nous retrace l'histoire.
Après le repas à la Brasserie du Lavoir, 1ère étape : l'écluse des Lorrains.
C'est une écluse à sas circulaire (1835, 1840) qui permettait aux bateaux de passer de l'Allier au canal latéral à la Loire, et vice-versa. Belle maison éclusière de classe 1, abords soignés, construction de qualité, c'est un ensemble remarquable. Un bon début de visite !
Après cette mise en appétit, le plat de résistance : le haut fourneau de La Guerche. On a travaillé le fer sur ce site pendant des siècles. Les vestiges visibles actuellement datent pour la plupart de la première moitié du XIXe siècle. On arrive sur un espace délimité sur deux côtés par les logements du personnel : belle maison berrichonne pour le régisseur (au linteau de la porte une ancre de marine rappelle la destination d'une partie de la fonte produite en ce lieu), maisons plus modestes en cours de restauration pour les ouvriers. Plus loin, le haut fourneau construit en 1780 par le marquis de Fougières, repris après la Révolution par la société Boigues de Fourchambault, puis doublé en 1843, est un édifice impressionnant. L'ensemble comprend des bâtiments annexes : lavoir à minerai, halle au combustible, bâtiments de la machine à vapeur, bureaux.
Après cette évocation de la première révolution industrielle (entre temps la pluie a cessé), nous nous dirigeons vers Germigny l'Exempt, où nous attend M. Serge Méchin, conseiller régional du Centre, et président du Pays Loire Val d'Aubois, accompagné de M. Vincent Courtilat qui le lendemain commentera pour nous les installations de Grossouvre. M. Méchin nous explique la façon dont sont réalisées la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine industriel de la région. Le mouvement est parti de la base, de passionnés comme Mme Annie Laurant, regroupés en associations locales. En plus de leur travail de recherche et de vulgarisation, ils sensibilisent le public à l'intérêt de ce patrimoine par de multiples visites, conférences, manifestations diverses, appuyés par la direction régionale des affaires culturelles. Les élus voient maintenant l'intérêt de ce mouvement pour le développement de la région et n'hésitent pas à le soutenir. C'est cet aspect de l'action entreprise : communauté de vues, soutien mutuel entre associations, élus et instances officielles, qui a le plus frappé les visiteurs chaponois. La création de l'organisme Pays Loire-Val d'Aubois permet une action suivie, en servant de lien entre les acteurs de terrain et les différentes instances susceptibles de favoriser l'effort entrepris : Conseil général, Conseil régional, etc … A son actif, l'obtention du label Pays d'Art et d'Histoire, qui ne pourra que stimuler le développement touristique.
Après cette rencontre pleine d'enseignements, visite de l'église de Germiny, puis direction Sancoins, installation à l'hôtel et repas. Repas copieux, hôtel confortable.
Mercredi 8 septembre
Déception : la pluie a repris ; heureusement les deux visites de la matinée à Grossouvre se passent à l'intérieur.
D'abord les Galeries, exemple précoce d'habitat ouvrier (1833-1834). C'est un immeuble de deux étages de composition régulière aux piliers de brique, qui abrite des appartements de deux pièces (plus une cave) desservis par une coursive, qui étaient réservés aux ouvriers spécialisés. La secrétaire de l'association Aubois de Terres et de Feux nous présente le bâtiment et son histoire ainsi qu'une exposition qui lui est consacrée.
La halle au charbon de Grossouvre est imposante par ses proportions et la complexité de sa charpente. Scénographie imaginée par Jamie Gourguand (l'animateur de l'émission TV "C'est pas sorcier") en collaboration avec l'association Aubois de Terres et de Feux. Ce lieu d'interprétation du passé industriel de la région , riche, vivant, pédagogique, est une réalisation remarquable.
Ensuite direction Torteron, après le repas au bar-restaurant du Rond-Point, où nous sommes très aimablement accueillis. Le ciel est avec nous maintenant, nous pouvons visiter le village et le site de la fonderie sous le soleil. Torteron est un village industriel dont le sort est lié à celui de l'usine : prospère de 1830 à 1870, arrêté dans son développement par la fermeture de la fonderie. Rues larges, vastes places, le plan est ambitieux, et inachevé. A noter l'église avec sa porte ornée d'un parement de fonte (production locale), l'école des filles, l'ouvroir, l'ancienne mairie , surmontée d'une curieuse statue de la république, manchotte. Nous sommes reçus à la mairie par M. Jacques Fournier, conseiller municipal, qui nous accompagne pour la visite. Nous y voyons quelques exemples de production locale : un poêle, un canon d'apparat entre autres. Puis visite du site de la fonderie, où il reste un arc de pierre portant la date de la construction, des bâtiments annexes, un tronçon de voie Décauville avec son wagonnet, le canal St Louis qui desservait l'usine, des vestiges pour lesquels on se pose encore des questions et des fours à chaux construits après la fermeture de la fonderie. L'ensemble a été acquis par la municipalité, un sentier de découverte aménagé avec des panneaux explicatifs très bien faits.
Nous partons alors découvrir plusieurs sites d'habitat ouvrier : les Casernes, immeuble collectif, l'ensemble de la Feuillarde (école transformée en habitation, chapelle et quelques maisons) et le Champ de la Croix en pleine campagne, maisons de mineurs disposées en éventail sur un vaste terrain. Sur le chemin du retour, arrêt au moulin des Merles sur une déviation de l'Aubois, au Chautay.
Jeudi 9 septembre
Nous nous dirigeons vers l'abbaye de Fontmorigny, en nous arrêtant quelques instants à La Guerche, pour voir "les Cités", une petite cité-jardin pour ouvriers avec ses maisons dans la verdure et sa place herbue, inspirée de l'Angleterre.
Nous sommes reçus à l'abbaye cistercienne de Fontmorigny par Mme Mangeot, la propriétaire, qui nous fait visiter avec une très grande amabilité, nous renseignant sur les bâtiments, tout en évoquant son expérience de restauration d'un patrimoine à l'abandon. L'église nous frappe par ses proportions et les vitraux modernes que les propriétaires viennent de faire installer, choix audacieux mais extrêmement heureux. Quelques vestiges de carrelage retiennent l'attention, puis à l'extérieur le jardin reconstitué : arbres fruitiers, rosiers, potager … Pour terminer, le réfectoire des frères, belle salle voûtée complètement restaurée qui peut accueillir concerts et réceptions. Le passé industriel n'est pas absent de l'abbaye : il y avait à proximité le haut fourneau de la Feuillarde exploité par les moines.
Dernière étape : le pont-canal sur l'Allier au Guétin. Là encore un monument bien restauré, qui nous impressionne par ses dimensions, et une très belle vue sur l'Allier. Nous bénéficions des explications précises de Mme Bernadette Jodeau, membre de l'association Aubois de Terres et de Feux, sur l'histoire et le fonctionnement de l'ouvrage.
Et puis nous nous quittons, ravis d'avoir fait la connaissance de ce "Pays d'Art et d'Histoire", admiratifs du travail accompli par tous ceux qui s'investissent dans la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine de la région, infiniment reconnaissants envers nos guides qui ont parfaitement organisé nos visites, nous ont ouvert bien des portes et ont répondu patiemment à nos questions. Pour conclure, disons comme Annie Laurant à la fin du programme de ces journées : "séparation … provisoire !"

